
En 1987, la ville de Goiânia, au Brésil, a été le théâtre d’un accident radiologique majeur, classé au niveau 5 de l’échelle INES, causé par la négligence. Des ferrailleurs ont découvert et démantelé une ancienne unité de radiothérapie abandonnée, contenant une capsule de césium-137 hautement radioactive. Cette « poudre magique » bleutée, dont la luminosité fascinait, a été manipulée par de nombreuses personnes, dont des enfants, sans conscience du danger mortel qu’elle représentait.
Leide das Neves Ferreira, une fillette de six ans, fut l’une des victimes emblématiques. Après avoir joué avec la substance, elle développa rapidement des symptômes graves : vomissements, œdèmes, perte de cheveux, nécroses et hémorragies internes. Un mois après son exposition, elle décédait, inhumée dans un cercueil de fibre de verre doublé de plomb de 700 kg. Sa tante, Gabriela Maria, 37 ans, et deux jeunes hommes, Israel, 22 ans, et Admilson, 18 ans, employés du ferrailleur, succombèrent également aux radiations. Au total, quatre décès directs furent recensés, et 249 personnes contaminées sur les 112 000 examinées.
L’origine de cette catastrophe remonte à l’abandon d’une source de radiothérapie à l’Institut de Radiologie de Goiânia (IGR), une clinique privée qui avait déménagé en 1985 sans déclarer l’appareil aux autorités. Le dispositif contenait environ 93 grammes de chlorure de césium-137, un sel hautement soluble et dispersible, enfermé dans un conteneur de plomb et d’acier. Ignorant les risques, les ferrailleurs ont ouvert la capsule, libérant la substance radioactive.
L’accident a mis en lumière de graves lacunes dans la gestion des déchets radioactifs et la surveillance des sources. La Commission Nationale de l’Énergie Nucléaire (CNEN) du Brésil a été critiquée pour son inaction et sa réponse tardive. La décontamination a été un processus complexe et coûteux, générant 3 500 m³ de déchets radioactifs. Outre les impacts physiques et environnementaux, l’incident a eu des répercussions psychologiques profondes, entraînant peur, dépression et stigmatisation des victimes. La tragédie de Goiânia reste un rappel puissant des dangers des matériaux radioactifs mal gérés.






