
La France a récemment connu un phénomène inédit sur le marché de gros de l’électricité : des prix négatifs, atteignant jusqu’à -500 euros du mégawattheure lors du week-end du 1er mai. Cet événement, bien que surprenant, n’est pas isolé et soulève la question des surcapacités de production dans le pays. En effet, lorsque l’offre d’électricité dépasse largement la demande, les producteurs peuvent être amenés à payer pour injecter leur énergie sur le réseau, un signal de marché visant à inciter à la modulation de la production.
Le phénomène des prix négatifs est en augmentation en France et en Europe. En 2024, la France a enregistré 361 heures de prix spot négatifs, contre 147 heures en 2023, représentant environ 4% des jours de l’année. Ces occurrences sont souvent liées à une forte production d’énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, combinée à une demande stable, voire en baisse.
Alors, faut-il s’inquiéter de cette situation ? Selon Thomas Veyrenc, directeur général de RTE (Réseau de Transport d’Électricité), les capacités de production françaises agissent comme un « bouclier » contre la hausse des prix du gaz, une situation enviable par rapport à certains pays voisins. Cependant, une surcapacité durable pourrait poser des défis économiques, notamment en diminuant la rentabilité des centrales et en augmentant le besoin de soutiens publics.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) souligne que si les prix négatifs sont un signal du marché, certaines occurrences ne reflètent pas une optimisation économique complète. La CRE recommande d’améliorer l’utilisation du parc de production et d’encourager la flexibilité de la demande et le stockage pour réduire l’occurrence et l’amplitude de ces prix. L’enjeu est de transformer cette abondance électrique en une croissance décarbonée, en accélérant l’électrification des usages plutôt que de freiner le développement des énergies renouvelables.






