
L’annonce du décès de Lionel Jospin, figure emblématique du socialisme français, a coïncidé avec de vives tensions au sein de la gauche. Alors que le Parti socialiste (PS), La France insoumise (LFI) et les Écologistes s’écharpaient sur le bilan des élections municipales, l’hommage national rendu à l’ancien Premier ministre, prévu jeudi, sera l’occasion d’un recueillement et d’une réflexion sur son héritage politique. Jospin, qui avait théorisé le « droit d’inventaire », invite indirectement sa famille politique à une introspection.
Homme de convictions et de synthèse, Lionel Jospin aurait sans doute eu du mal à évoluer dans le paysage politique actuel, marqué par les notoriétés éphémères et le maelström des réseaux sociaux. Son parcours met en lumière les faiblesses actuelles de la gauche française. Durant son passage à Matignon, il avait su réunir toutes les composantes de la gauche, du Parti communiste aux écologistes, formant une « gauche plurielle » qui a duré cinq ans et mené à des réformes importantes. Une époque révolue, où la cohabitation actuelle entre socialistes et « insoumis » semble dictée par de purs intérêts électoraux, loin de tout programme commun ou accord de gouvernement.
La gauche est pourtant « condamnée » à faire des compromis pour accéder aux responsabilités et y rester. François Hollande en a fait les frais, entravé par une fronde interne. L’autre leçon de Jospin concerne la conquête du pouvoir. En 2002, en laissant proliférer les candidatures à gauche et en édulcorant son programme, il a affaibli sa candidature et conduit au « coup de tonnerre » de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour, un traumatisme encore bien présent.
À un an de l’élection présidentielle, avec une extrême droite plus puissante qu’en 2002, la gauche voit de nouveau les candidatures se multiplier et les idées reléguées au second plan, chacun préférant les anathèmes aux projets solides. Pour cette famille politique éclatée, la seule chance de faire émerger un candidat crédible réside dans l’élaboration d’un projet fort et rassembleur. Un horizon qui, malheureusement, paraît plus lointain que jamais.







