
Quarante-huit heures après le premier tour des élections municipales, les listes des candidats ont été déposées en préfecture. Ces deux jours de tractations ont de nouveau confronté la gauche sociale-démocrate à une question cruciale, un an avant l’élection présidentielle de 2027 : quelle position adopter face à La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon ? Pour battre l’extrême droite en 2027, l’ensemble des électeurs de gauche seront indispensables. Cependant, l’ambiguïté stratégique des états-majors parisiens a rendu la relation plus complexe entre des partis opposés nationalement, mais unis par des intérêts électoraux locaux convergents.
Contrairement aux affirmations de M. Mélenchon, les candidats LFI n’ont pas réalisé des « percées » partout, surtout comparé aux élections européennes de 2024. Néanmoins, beaucoup étaient en mesure de freiner les candidats socialistes et écologistes, risquant de faire perdre une gauche pourtant majoritaire dans la plupart des métropoles. À Marseille, où le retrait du candidat LFI face au Rassemblement national (RN) semblait évident dès dimanche soir, le réflexe de barrage républicain au sein même de la gauche a tardé à se manifester.
À la tête d’une formation affaiblie, dont les mairies sont devenues des bastions vitaux, et pressé par les « insoumis » de faire des « fusions techniques », le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, s’est retranché derrière un truisme : les élections municipales étant un scrutin local, il n’y a pas « d’accord national ». Après cette prise de distance, aucune décision claire n’a été prise.
Les candidats d’union de la gauche ont donc défini leur stratégie selon la sociologie de leur commune, les résultats du premier tour et leurs convictions. À Paris et Marseille, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont refusé de se rapprocher de Sophia Chikirou (maintenue) et Sébastien Delogu (retiré). À Nantes, Brest ou Lyon, socialistes et écologistes ont fusionné avec les listes « insoumises ». Ces rapprochements visaient majoritairement à conserver ou reconquérir des mairies face à la droite, plutôt qu’à empêcher l’extrême droite, comme à Limoges ou Toulouse. Ces fusions sont souvent logiques car les programmes « insoumis » et socialistes ne sont pas si éloignés, et un désir d’union existe chez des sympathisants fatigués par le macronisme et inquiets de la dynamique du RN.
Ce pragmatisme électoral est cependant incompréhensible pour une autre partie des électeurs. Il y a deux semaines, le PS condamnait les « caricatures complotistes et [les] propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon, suite aux polémiques sur ses ironies concernant les patronymes juifs « Epstein » et « Glucksmann ». À ce moment, les cadres du PS appelaient « localement les militantes et les militants “insoumis” à se désolidariser clairement et pleinement de ces propos ».
Le fonctionnement centralisé de LFI fait que les candidats n’ont pas pris leurs distances avec leur leader, ce qui n’a pas empêché les responsables du PS d’accepter leurs mains tendues. L’entre-deux-tours aurait pu être un moment de clarification, mais n’a fait que renforcer la confusion.






