
Depuis la mi-juillet, l’armée ukrainienne intensifie ses frappes sur la logistique commerciale russe, ciblant notamment Wildberries et Ozon, les deux plus grandes plateformes de commerce en ligne du pays. Ces entreprises, souvent qualifiées d’« Amazon russes », sont désormais perçues par Kiev comme des « hubs » d’approvisionnement pour l’armée russe en composants électroniques, tout en symbolisant le modèle de consommation russe.
Une douzaine d’entrepôts appartenant à Wildberries ont été touchés par des drones à longue portée dans plusieurs régions, de Volgograd à Ekaterinbourg, y compris la Crimée annexée, provoquant la mort d’au moins huit personnes. Le 31 juillet, son concurrent direct, Ozon, a également été frappé à Zelenodolsk, au Tatarstan, sans faire de victimes. Ces actions marquent une escalade, transformant la guerre d’usure en une guerre économique et symbolique, visant des services utilisés quotidiennement par des millions de citoyens russes.
Wildberries domine le marché russe du commerce en ligne avec 20 millions de commandes par jour et un chiffre d’affaires annuel de 80 milliards de dollars. Sa fondatrice, Tatiana Kim, est la femme la plus riche de Russie. Le président ukrainien accuse Wildberries d’utiliser ses 200 sites logistiques à travers l’espace post-soviétique pour importer des « composants sous sanctions » destinés à la production de drones et d’équipements de navigation. Des accusations que Wildberries et le Kremlin rejettent.
Ozon, son principal rival, a enregistré 2,5 milliards de commandes en 2025 et un chiffre d’affaires dépassant les 10 milliards de dollars. L’entreprise connecte 750 000 vendeurs avec plus de 60 millions de clients en Russie et dans la CEI. Malgré les sanctions occidentales, Ozon incarne la vitalité du commerce en ligne, l’un des rares secteurs de croissance en Russie. Après avoir été ciblée, l’entreprise envisage, comme Wildberries, de délocaliser une partie de ses capacités d’entreposage au Kazakhstan.
Pour Kiev, ces frappes visent à détruire « l’illusion d’une existence paisible et confortable » pour la population russe, selon le commandant des forces de drones ukrainiennes, Robert Brovdi. C’est une stratégie pour mettre Moscou sous pression, quatre ans et demi après le début du conflit, en ciblant directement les infrastructures qui soutiennent à la fois l’économie civile et, potentiellement, l’effort de guerre.






