
Face aux besoins colossaux de financement pour l’armement et la souveraineté technologique, le département américain de la Défense (DoD) s’ouvre aux acteurs et méthodes de Wall Street. Une nouvelle équipe, surnommée informellement « DEAL Team Six », composée de banquiers de choc, est chargée d’investir 200 milliards de dollars d’argent public sur les trois prochaines années dans des filières stratégiques. Cette initiative vise à contrer l’influence croissante de la Chine et à renforcer la sécurité d’approvisionnement des États-Unis.
Le recrutement, géré par le cabinet Heidrick & Struggles, cible des banquiers de grandes institutions financières comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan et Bank of America. Les 30 heureux élus se voient promettre un salaire attractif, pouvant atteindre 600 000 dollars annuels, et l’opportunité d’investir des capitaux considérables, bien au-delà de ce que la plupart des investisseurs gèrent durant toute leur carrière. Au-delà de l’aspect financier, le document de recrutement met en avant une chance « unique » de « servir son pays ».
Officiellement nommée l’Economic Defense Unit (EDU), cette unité spéciale, créée en avril 2025 et placée sous l’autorité du secrétaire adjoint à la Défense Stephen Feinberg, est composée d’anciens professionnels de la finance. Son objectif est de développer des chaînes d’approvisionnement indépendantes de la Chine, notamment pour les terres rares et les aimants, des minéraux essentiels pour les véhicules électriques, les smartphones et les armes de précision militaires. Le financement alloué par le Pentagone représente l’un des plus importants engagements d’investissement industriel dirigé en temps de paix de l’histoire moderne des États-Unis. L’EDU collabore également avec le département du Commerce et la U.S. International Development Finance Corporation, créant ainsi une architecture d’investissement globale.
Cette approche agressive marque un tournant pour le Pentagone, habitué aux contrats d’approvisionnement traditionnels, et s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser l’industrie de défense américaine et à garantir la suprématie militaire et économique des États-Unis face aux nouvelles menaces mondiales.






