
Depuis son élection, Emmanuel Macron a fait des cérémonies mémorielles un élément central de sa présidence, cherchant à incarner le « en même temps » qui caractérise sa politique. Hommages nationaux, commémorations militaires et panthéonisations sont autant d’occasions pour le chef de l’État de tisser un récit national tout en distillant des messages politiques. Cette approche, qui mêle habilement histoire et actualité, est devenue un véritable langage politique pour le président.
Le 22 juin dernier, dans la fraîcheur du Panthéon contrastant avec la canicule parisienne, Emmanuel Macron a supervisé les préparatifs pour l’entrée de Marc Bloch et de son épouse, Simonne. L’historien et résistant, fusillé pour la France en 1944, a été honoré lors d’une cérémonie qui est, sauf surprise, la dernière panthéonisation décidée et présidée par Macron avant la fin de son mandat. Le lendemain, il a clôturé l’événement en appelant à combattre « l’esprit de défaite, sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus français que vous ».
Cette panthéonisation de Marc Bloch, premier historien à recevoir cet honneur, est un exemple éloquent de la stratégie mémorielle d’Emmanuel Macron. En saluant un « homme des Lumières ayant rejoint l’armée des ombres », et en fustigeant un « esprit de défaite » qu’il qualifie de « poison lent de notre vie publique », Macron a clairement utilisé la figure de Bloch pour aborder des enjeux contemporains, tels que la menace sur la République, le refus du renoncement et les fractures identitaires. La famille de Bloch a d’ailleurs demandé l’exclusion du Rassemblement national de la cérémonie, soulignant la dimension politique de l’hommage.
Le président a multiplié les gestes mémoriels depuis 2017. En 2024, il mettait en avant la France des étrangers engagés dans la Résistance avec Missak Manouchian. Ces choix permettent de relier plusieurs lignes de force du macronisme : l’universalisme républicain, l’Europe et la lutte contre l’extrémisme. L’objectif est de construire une mémoire républicaine qui répond aux défis actuels, tout en offrant au président des moments de verticalité rares dans un paysage politique souvent conflictuel. Macron a également commémoré d’autres figures et événements historiques comme le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte en 2021, où il a insisté sur la nécessité de « commémorer, non pas célébrer », reconnaissant les aspects sombres de son règne, notamment le rétablissement de l’esclavage, tout en affirmant que « Napoléon fait partie de nous ».
Ainsi, les commémorations sous Emmanuel Macron se veulent un reflet de sa vision du « en même temps », cherchant à embrasser l’ensemble de l’histoire française, de ses grandeurs à ses parts d’ombre, pour mieux forger une identité nationale résiliente et tournée vers l’avenir. Ces rituels sont des moments clés pour le président, lui permettant de réaffirmer une certaine idée de la France et des Français.






