
Depuis l’offensive majeure lancée en 2022 par le président Nayib Bukele contre le crime organisé, les artistes urbains du Salvador connaissent une nouvelle ère de liberté. Auparavant muselés par la présence omniprésente des gangs, ils peuvent désormais exprimer leur art dans un climat apaisé, transformant les murs autrefois marqués par la violence en véritables toiles d’expression. Des jaguars majestueux, des visages expressifs, des fleurs éclatantes et des oiseaux virevoltants ornent désormais les façades, grâce à des festivals itinérants.
Isaac Sosa, 31 ans, fondateur du festival Pigmen Trip, témoigne de cette renaissance. Avant l’intervention présidentielle, peindre dans les rues était synonyme d’angoisse. Aujourd’hui, l’ambiance est « plus sereine, plus joyeuse et avec une plus grande liberté d’expression », confie-t-il, ému. Son festival, qui a déjà créé plus de 200 fresques avec la participation d’artistes internationaux, est un « outil magique de transformation sociale » qui a permis de « reprendre les murs aux gangs ».
Darwin Flores, graffeur de 36 ans, se remémore l’époque où il était impensable de peindre dans des « zones sensibles » sans une préparation minutieuse et une connaissance précise des lieux. Désormais, il peut se rendre dans n’importe quel quartier, y compris La Campanera, une zone autrefois ravagée par la violence des bandes criminelles. Cristian Juárez, 29 ans, partage cet enthousiasme, soulignant que de nombreux artistes avaient disparu, victimes des gangs. Aujourd’hui, il peut peindre en toute sécurité, comme en témoigne sa fresque représentant le visage d’une enfant ornée de plumes.
Pour Cristian Lara, un commerçant de 50 ans, ce festival apporte un « vent nouveau de changement ». L’art du graffiti, autrefois « secret et caché », peut enfin se développer et se faire connaître, libéré de l’oppression des gangs. Cette nouvelle liberté de créer marque un tournant significatif pour la culture urbaine salvadorienne, offrant une plateforme d’expression et de réconciliation sociale.








