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Une pétition contre la proposition de loi Yadan, visant à lutter contre l'antisémitisme, a recueilli 450 000 signatures, alertant sur un risque d'amalgame avec la critique d'Israël.

Une pétition en ligne, lancée le 18 février, a franchi le cap des 450 000 signatures ce mardi 7 avril, appelant les députés à rejeter la proposition de loi de Caroline Yadan. Ce texte, intitulé «visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme», suscite un vif débat en France. Le seuil des 100 000 signatures ayant déjà été atteint le 2 avril, la pétition a été mise en avant sur le site de l’Assemblée nationale. Si elle atteint 500 000 signatures et rassemble des soutiens dans au moins 30 départements, elle pourrait potentiellement faire l’objet d’un débat à l’Assemblée, si la conférence des présidents l’accepte. La proposition de loi est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril.

Déposée le 19 novembre 2024 et cosignée par près de 120 députés, de divers horizons politiques (des Républicains aux socialistes), la proposition de loi portée par Caroline Yadan vise à adapter le droit français face aux manifestations contemporaines d’antisémitisme. Elle entend notamment renforcer la répression de l’apologie du terrorisme, encadrer les appels à la destruction d’un État et faire évoluer la loi Gayssot de 1990. Caroline Yadan, députée apparentée Ensemble pour la République, a expliqué au Figaro que ce texte a une «double fonction, à la fois pédagogique et législative», souhaitant «reposer des principes» dans un contexte qu’elle juge «extrêmement complexe pour les Juifs de France».

Cependant, Alexandre Balasse, initiateur de la pétition, conteste fermement cette approche, dénonçant un «amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme)». Il s’inquiète d’un passage de l’exposé des motifs de la proposition de loi qui affirme : «Cette haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs. L’appel à la destruction de cet État, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble.»

L’auteur de la pétition y voit un «danger pour la liberté d’expression», craignant que «des slogans pacifistes comme “l’égalité et la liberté pour tous de la mer au Jourdain” pourraient faire l’objet de condamnations judiciaires» et que «le travail des journalistes et des chercheurs pourrait également s’en retrouver censuré». Il souligne également que le texte «appuie indirectement la colonisation de la Palestine par Israël, illégale au regard du droit international». Enfin, il estime que la proposition de loi «dessert la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Benyamin Netanyahou alors que nombre d’entre eux critiquent ouvertement (et à juste titre) cette politique mortifère». La pétition conclut par un appel aux députés à voter contre ce «projet de loi liberticide appuyant une politique colonialiste et génocidaire contre les Palestiniens», tout en réaffirmant la nécessité de lutter «contre l’antisémitisme de toutes nos forces».