
L’Inde, le pays le plus peuplé au monde avec une population jeune et une croissance économique dynamique, fait face à un défi majeur : le chômage de sa jeunesse instruite et ambitieuse. Plus de la moitié des jeunes diplômés sont sans emploi, un paradoxe mis en lumière par une vaste étude de l’université privée Azim Premji de Bangalore. Le rapport « State of Working India 2026 » souligne que l’éducation ne garantit pas un emploi stable. Le taux d’inactivité chez les diplômés de 15-25 ans avoisine les 40 %, et atteint 20 % pour les 25-29 ans.
Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que le taux de scolarisation a fortement augmenté ces quarante dernières années, notamment chez les femmes et les populations défavorisées. Cependant, les obstacles liés au genre et à la caste persistent. Entre 2004 et 2023, environ 5 millions de diplômés ont été ajoutés chaque année sur le marché du travail, mais seulement 2,8 millions d’entre eux ont réussi à trouver un emploi.
Rosa Abraham, auteure principale du rapport et professeure agrégée d’économie à l’université Azim Premji, note qu’« une faible proportion des jeunes éduqués, seulement 7 % pour les hommes, obtient un emploi salarié stable dans l’année suivant l’obtention de leur diplôme ». Ce faible taux de conversion de l’éducation en emploi met en évidence une inadéquation des compétences et un système éducatif qui ne correspond pas toujours aux exigences de l’industrie.
Malgré une croissance annuelle qui a atteint 8,2 % pour l’exercice budgétaire 2023-2024, l’Inde peine à créer suffisamment d’emplois de qualité pour sa population croissante. En décembre 2023, le taux de chômage aurait même atteint 45,4 % pour les 20-24 ans et 15,5 % pour les 25-29 ans. Le défi est de taille : transformer ce « dividende démographique » en un véritable moteur économique, plutôt qu’en un fardeau social.







