Eiffel-Tower-construction
Les archives du Figaro révèlent un contentieux immobilier de 1887 : des propriétaires se sont opposées à la construction de la Tour Eiffel, craignant pour leur panorama. Leur plainte fut rejetée.

Alors que Le Figaro célèbre bientôt ses 200 ans, ses archives révèlent des pépites sur la façon dont le journal traitait l’actualité immobilière au XIXe siècle. Une ancienne rubrique « Rétro immo » met en lumière que les litiges de voisinage, dont la recrudescence est notable depuis la crise sanitaire, ne sont pas un phénomène nouveau. En témoigne une chronique judiciaire du 15 mai 1887, qui relate le combat acharné de la comtesse de Poix et de Mme Bouruet-Aubertot, propriétaires sur l’avenue de la Bourdonnais, contre un projet d’envergure : la construction de la future Dame de fer.

« La tour Eiffel, qui doit dominer et écraser le vieux monde, se dressera-t-elle sur l’emplacement du Champ de Mars pour le plus grand étonnement des visiteurs de l’Exposition de 1889 ? », s’interrogeait le quotidien. Les deux propriétaires exprimaient de vives inquiétudes pour leur « merveilleux panorama » et protestaient « contre la construction de la Tour, qui doit leur enlever une partie de la perspective ». Le contrat stipulait une propriété d’Eiffel pour vingt ans, avant que la Tour n’appartienne à la Ville de Paris. Une perspective d’autant plus effrayante que le monument promettait d’être « deux fois plus haute que la plus haute pyramide d’Égypte ».

L’avocat de la Ville de Paris, Me Du Buit, défendait le projet en arguant que la tour constituerait « un monument à claire-voie, qui ne saurait en aucune façon dérober la vue ». Il ajoutait que « la Ville de Paris n’a consenti dans son contrat aucune clause restrictive qui vient mettre obstacle à son droit de décorer le Champ de Mars ». La décision, attendue rapidement, fut rendue le 3 juin 1887. Un entrefilet du Figaro signala que la première chambre du tribunal de la Seine avait débouté les plaignantes. La comtesse de Poix et Mme Bouruet-Aubertot n’ont pas fait le poids face à l’édification de ce qui allait devenir un symbole mondial.

Le chantier put ainsi être mené à terme, s’achevant le 31 mars 1889. Bien que le monument ne soit pas exactement « à claire-voie » comme avancé par la défense, il est fort probable que les plaignantes n’aient pas réellement subi les moins-values immobilières qu’elles craignaient. Aujourd’hui, des vues exceptionnelles sur la Tour Eiffel justifient des surcotes immobilières pouvant atteindre 30%, transformant un ancien désagrément en un atout de taille.