
La Seine-Saint-Denis, département chargé d’histoire, met en lumière ses lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale à travers un parcours artistique inédit. L’initiative vise à redonner voix aux sites marqués par la déportation des Juifs, de Drancy à Romainville, via l’intervention d’artistes contemporains.
À Drancy, face au Mémorial de la Shoah, un graffiti monumental orne la Cité de la Muette. Cette œuvre reproduit fidèlement des messages poignants gravés par des prisonniers juifs avant leur déportation : « Vive la France », « Parti pour une destination inconnue », « Au revoir, et à après la guerre ». La Cité de la Muette fut le camp de rassemblement et de transit de 67 000 personnes déportées, majoritairement vers Auschwitz Birkenau, un « haut lieu de la mémoire nationale », selon Benoît Pouvreau, chargé d’inventaire du patrimoine culturel en Seine-Saint-Denis.
Le projet, baptisé « Art Espace Public », inclut quatre autres sites majeurs : le fort de Romainville (ancien camp d’internement de résistants) et les gares de Bobigny, Pantin et du Bourget, d’où sont partis 66 convois vers les camps de la mort. Morten Salling, chef de projet, explique que l’ambition est de créer un « grand projet de mémoire en réseau » pour sensibiliser le public.
L’artiste Chemsedine Herriche, à la tête de cette initiative, s’est appuyé sur les messages laissés par les détenus et déportés. Il a utilisé les inscriptions murales de Drancy et du fort de Romainville, ainsi que les messages jetés des trains, pour créer des œuvres émouvantes. « Le fait de savoir ce que les familles ont vécu, ressenti à ce moment-là, c’est très touchant et je me suis dit que si moi ça me touchait en tant qu’humain de notre époque, ça allait servir à retransmettre de l’histoire intime pour amener à l’histoire globale », confie l’artiste.
À Bobigny, un graffiti jaune et vert orne un mât sur le site de l’ancienne gare de déportation, présentant le portrait d’une jeune fille avec le message « étoile filante ». Ce lieu, longtemps oublié, a été redécouvert comme site mémoriel dans les années 1990. Au fort de Romainville, trois œuvres couleur bronze de Chemsedine Herriche dominent le « carré des fusillés ». Ce fort, type Vauban, a interné des milliers de résistants, dont de nombreuses femmes. Ici aussi, l’artiste a puisé dans les dizaines de messages gravés par les prisonniers du Stalag 17, témoins de leur peur, de leur espoir et de leur combat. Le parcours « Outre-Nuit » offre ainsi une immersion dans ces destins brisés à travers une série de graffitis qui redonnent vie à l’histoire.






