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Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), projet franco-allemand de près de 100 milliards d'euros, est enlisement. Des divergences politiques et industrielles bloquent l'avancement de cet ambitieux programme européen de défense.

Lancé en grande pompe le 13 juillet 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) devait incarner un couple franco-allemand « efficace et ambitieux » en matière de défense. Près de neuf ans plus tard, ce projet de près de 100 milliards d’euros, le plus vaste programme de coopération industrielle jamais initié en Europe, est malheureusement au point mort, révélant de profondes divergences entre Paris et Berlin.

Malgré des années de négociations ardues entre les États et plusieurs milliards d’euros déjà investis (dont 1,2 milliard budgété par la France pour 2026), la France, l’Allemagne et l’Espagne (qui a rejoint le projet en 2019) peinent à s’accorder sur la production de l’avion de combat de nouvelle génération (NGF), la pièce maîtresse du SCAF. Les industriels clés comme le français Dassault Aviation et le consortium franco-germano-espagnol Airbus sont également en désaccord.

Le SCAF ne se limite pas à un simple avion ; il s’agit d’un « système de systèmes » complexe, comprenant six autres piliers essentiels : le moteur, le cloud tactique, les capteurs, les drones de combat, la furtivité et la cohérence d’ensemble. Ces composants sont répartis entre divers industriels des trois pays, dont Safran, Thales, Indra et MTU. Les tensions actuelles résident notamment dans la répartition des tâches industrielles et la gouvernance du programme, Dassault réclamant un rôle de maître d’œuvre plus affirmé pour le NGF.

Récemment, le chancelier allemand Friedrich Merz a exprimé publiquement des doutes sur l’avenir du SCAF, affirmant que l’Allemagne n’avait pas les mêmes besoins qu’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer depuis un porte-avions, contrairement à la France. Cette déclaration a accentué les craintes quant à la pérennité du projet. Emmanuel Macron a, quant à lui, réitéré son engagement pour le succès du programme, jugeant « incompréhensible » que ces divergences ne soient pas surmontées compte tenu des enjeux stratégiques pour l’Europe.