
Emmanuel Macron a récemment annoncé la mise en place d’une coopération européenne inédite en matière nucléaire, visant à établir une «dissuasion avancée» impliquant huit nations européennes. Cette initiative, prononcée depuis la base stratégique de l’Île Longue, a surpris par la réaction mesurée des partis nationalistes français, habituellement plus véhéments sur ces sujets. Le président a néanmoins insisté sur le fait que cette association n’impliquerait «aucun partage de la décision ultime», tout en prévoyant une augmentation de l’arsenal français.
Marion Maréchal, tout en réaffirmant que «la dissuasion nucléaire française ne peut pas se partager» et que «seule la France doit pouvoir décider» de l’usage de son arsenal, a nuancé sa position. Elle a reconnu que les «intérêts vitaux de la France ne se limitent pas au cadre hexagonal». Selon elle, les annonces d’Emmanuel Macron, qui concernent le stationnement de missiles nucléaires en Europe sans céder le contrôle, ne semblent pas «violer les fondamentaux de notre doctrine de dissuasion nucléaire». Elle s’est même montrée favorable à la participation des alliés européens aux exercices militaires de simulation de frappes nucléaires, y voyant un renforcement du rôle stratégique de la France en Europe.
De leur côté, Marine Le Pen et Jordan Bardella, dans un communiqué conjoint, ont pris acte du discours présidentiel, soulignant la «réaffirmation du caractère souverain de la décision d’emploi» de l’arme atomique. Cependant, ils ont soulevé des questions sur le concept de «dissuasion avancée», qu’ils perçoivent comme une «dispersion de nos moyens nucléaires sur le territoire européen» sans contrepartie claire. Le Rassemblement National y voit «au mieux, une opération de communication politique» et questionne l’utilité d’une telle «dissuasion avancée» compte tenu de l’existence des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français. Bien qu’ils maintiennent que la décision nucléaire ne doit pas être partagée ni devenir un instrument d’intégration européenne, ils admettent que «la coordination stratégique entre États est légitime», notamment via des exercices militaires et des partenariats industriels bénéfiques.
Cette position marque un changement notable pour le Rassemblement National, Marine Le Pen ayant par le passé fermement déclaré que «la dissuasion nucléaire française doit rester une dissuasion nucléaire française» et s’opposant à tout partage ou délégation de l’arme atomique. Ce revirement mesuré suggère une nouvelle approche tactique des nationalistes face aux enjeux de défense européenne, en dépit de leurs réserves traditionnelles.







