
La question de la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie et de son impact sur le financement du conflit en Ukraine refait régulièrement surface. Récemment, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a relancé le débat depuis le Forum de Davos, affirmant que l’Europe « achète encore du pétrole russe, même quatre ans après » le début de la guerre, contribuant ainsi au financement de cette dernière. Des accusations similaires avaient été formulées par Donald Trump concernant les importations de gaz russe. Ces déclarations soulignent une préoccupation majeure : l’Europe, qui cherche à asphyxier financièrement Moscou, reste-t-elle malgré tout l’un de ses clients majeurs ?
Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et expert en questions énergétiques, nuance ces accusations. Il reconnaît que des « efforts colossaux ont été déployés pour se sevrer de l’énergie russe ». Cependant, il met en lumière des « trous dans la ra raquette », indiquant que la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît. Bien que des mesures significatives aient été prises pour réduire la dépendance, certains mécanismes ou des importations indirectes pourraient encore exister. La question est de savoir si ces achats résiduels représentent une manne financière suffisante pour le Kremlin, ou s’ils sont le résultat inévitable d’une transition énergétique complexe et difficile à mettre en œuvre rapidement.
La situation met en évidence les défis auxquels l’Europe est confrontée pour concilier ses objectifs de sanctions économiques contre la Russie et ses propres besoins en approvisionnement énergétique. La diversification des sources d’énergie et l’investissement dans les énergies renouvelables sont des stratégies clés pour réduire à terme cette dépendance, mais leur mise en œuvre prend du temps. En attendant, le débat sur l’éthique et l’efficacité des sanctions continue, avec des implications géopolitiques et économiques majeures pour toutes les parties prenantes. La pression internationale reste forte pour que l’Europe accélère sa transition et coupe définitivement les ponts énergétiques avec la Russie, afin de limiter tout financement involontaire du conflit ukrainien.






