
L’omniprésence du numérique transforme radicalement nos interactions quotidiennes, suscitant un sentiment croissant de déshumanisation. Des voix de synthèse aux caisses automatiques, en passant par les chatbots bancaires et les plateformes de prise de rendez-vous médicaux, la procédure remplace progressivement le contact humain. Cette évolution, bien que présentée comme un progrès, engendre un sentiment de relégation chez de nombreux Français, s’étendant bien au-delà des publics âgés ou fragilisés par l’illectronisme.
Millions d’usagers se retrouvent isolés face à des technologies qui ne prévoient pas toutes les subtilités des situations individuelles. Karine de Leusse, psychothérapeute, constate : « Hôpital, mairie, banque, école : tout se fait désormais sans voix humaine, sans regard et sans discussion. » Cette absence d’interaction directe génère un sentiment de solitude et d’impuissance, rendant les démarches plus complexes pour ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement les outils numériques ou dont les situations ne correspondent pas aux schémas prédéfinis par les algorithmes. L’intelligence artificielle, malgré ses avancées, ne peut en effet pas encore remplacer l’analyse personnalisée d’un dossier.
Les procédures administratives dématérialisées, les courriels automatiques et les assistants virtuels, tout en offrant une certaine efficacité, créent une barrière entre les services et leurs usagers. Cette dématérialisation à outrance pose la question de l’équilibre entre progrès technologique et maintien du lien social. Beaucoup aspirent à retrouver la proximité humaine et le contact direct, préférant un échange en présentiel à une interaction dématérialisée, surtout lorsque des problèmes complexes ou des situations imprévues surviennent. L’humanité devra tirer des leçons de cet usage parfois excessif du numérique pour retrouver un équilibre.






