
La bataille mondiale pour le gaz s’intensifie et l’Europe se retrouve en première ligne. Depuis le mercredi 4 mars, plusieurs méthaniers, transportant du Gaz Naturel Liquéfié (GNL), ont brusquement dévié de leur route. Initialement à destination de la France, de la Belgique ou de l’Espagne, ces navires partis d’Afrique et des États-Unis ont finalement mis le cap sur l’Asie, selon les données de la société d’analyse maritime Kpler. Ce changement d’itinéraire met en lumière une grave perturbation du commerce du gaz, exacerbée par la guerre au Moyen-Orient.
Le conflit, entré dans sa deuxième semaine, a des répercussions majeures. Le détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique par où transite habituellement 20 % du GNL mondial, est désormais impraticable pour les cargaisons. De plus, la plus grande usine de GNL au monde, située au Qatar, est à l’arrêt depuis lundi, suite à une attaque de drone iranienne. Cette situation a provoqué une flambée des prix du gaz en Europe, avec une augmentation de près de 50 % de l’indice de référence européen, le TTF néerlandais.
Même si les hostilités cessaient immédiatement, un retour à la normale des livraisons prendrait « des semaines, voire des mois », a averti le ministre de l’Énergie de l’émirat gazier dans une interview au Financial Times. Saad Al-Kaabi a également alerté l’Europe : bien qu’elle ne soit pas la principale cliente de la région, elle doit se préparer à un sérieux contrecoup. Les acheteurs asiatiques sont en effet prêts à surenchérir pour tout le gaz disponible sur le marché mondial, ravivant le spectre d’une crise énergétique similaire à celle de 2022. Le Qatar, un acteur incontournable, représente environ 20% des exportations mondiales de GNL, et une perturbation prolongée de ses exportations impacterait fortement les marchés asiatiques et européens. L’Inde, par exemple, a déjà commencé à rationner le gaz pour certaines industries.
Face à cette situation tendue, l’Europe, déjà dépendante des importations gazières, s’inquiète des conséquences économiques. Les industries fortement consommatrices d’énergie ressentent déjà l’impact de la hausse des prix, certaines productions étant ralenties ou arrêtées. Bien que les réserves européennes soient jugées suffisantes pour terminer l’hiver, la nécessité de reconstituer les stocks avant la prochaine saison froide rend l’Europe vulnérable à la volatilité des prix du gaz.






