
L’administration française est confrontée à un défi majeur : se sevrer de sa dépendance aux géants technologiques américains, les fameuses « Big Tech ». Malgré une volonté politique affichée de renforcer la souveraineté numérique, les faits révèlent une réalité complexe et des atermoiements. David Amiel, ancien ministre chargé de la Réforme de l’État, soulignait l’urgence pour l’administration de se « désintoxiquer de nos dépendances à des outils extra-européens, notamment américains ».
Pourtant, des décisions récentes vont à l’encontre de cette ambition. Mediapart a révélé la prolongation jusqu’en 2029 d’un contrat entre le ministère de l’Éducation nationale et Microsoft, d’une valeur estimée entre 75 et 150 millions d’euros, pour équiper ses services administratifs centraux. Cette décision intervient malgré les critiques et les propres directives du ministère qui préconisent l’utilisation de solutions françaises ou européennes, et en particulier des logiciels libres ou open source. L’accord-cadre concerne près d’un million de postes de travail et de serveurs, majoritairement équipés de logiciels Microsoft tels que Windows, Word et Outlook. Ce choix pose la question de la cohérence de la stratégie gouvernementale, d’autant plus que le Cloud Act américain permet aux autorités américaines d’accéder aux données stockées sur des serveurs, même européens.
Une circulaire, signée par Sébastien Lecornu en février 2026, vise pourtant à harmoniser les pratiques d’achat public numérique de l’État. Elle invite les ministères à privilégier les acteurs français puis européens pour leurs fournisseurs. Cependant, l’efficacité de ces directives est remise en question, la suite Microsoft Office restant largement présente dans les administrations. La France n’est pas la seule à s’interroger sur sa dépendance, l’Europe dans son ensemble cherchant à renforcer sa souveraineté numérique face aux risques de coupures technologiques.
Des alternatives existent pourtant. Le Socle Interministériel des Logiciels Libres (SILL) propose des solutions open source préconisées par l’État français depuis 2013, incluant des suites bureautiques comme LibreOffice. De plus, des initiatives comme « LaSuite » offrent un espace de travail ouvert et souverain aux agents de l’État, avec des outils open source sécurisés et hébergés en France pour la messagerie (Tchap), la visioconférence (Visio) ou le partage de fichiers. Ces solutions, basées sur des standards ouverts, visent à garantir la souveraineté des données et à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers.






