
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport inédit le 13 janvier, alertant sur les risques des réseaux sociaux pour la santé mentale des adolescents. Ce rapport, fruit de cinq ans de travail, rassemble les analyses de plus d’un millier d’études scientifiques, impliquant épidémiologistes, pédopsychiatres et chercheurs en sciences de l’information et de la communication. L’objectif est d’éclairer les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs sur l’impact de ces plateformes sur une population particulièrement vulnérable.
Les conclusions de l’Anses sont claires : le fonctionnement même des réseaux sociaux est jugé néfaste. Ils utilisent des stratégies de captation d’attention, telles que les notifications, le défilement infini, l’enchaînement automatique de vidéos et les « likes », pour maintenir l’engagement des utilisateurs le plus longtemps possible. Ces interfaces manipulatrices, aussi appelées « dark patterns », exploitent la vulnérabilité des adolescents, leur besoin d’interactions sociales et leur recherche de sensations fortes. De plus, les algorithmes enferment les jeunes dans des contenus de plus en plus ciblés, parfois extrêmes, augmentant les risques pour leur santé mentale.
Parmi les effets majeurs recensés par l’agence sanitaire, on retrouve les troubles du sommeil, les troubles anxio-dépressifs, les gestes auto-infligés, les altérations de l’image du corps (pouvant mener à des troubles du comportement alimentaire), les conduites à risque (drogues, diffusion d’images intimes) et le cyberharcèlement. L’étude souligne que les filles sont particulièrement à risque, consacrant plus de temps aux réseaux sociaux et étant plus exposées aux pressions sociales liées aux stéréotypes de genre, notamment sur les plateformes visuelles.
Face à ces constats, l’Anses insiste sur la responsabilisation des plateformes. Elle recommande que les mineurs n’aient accès qu’aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé. Cela implique de mettre en œuvre la limite d’âge du RGPD (13 ans), de bannir les techniques d’interfaces manipulatrices et d’interdire la diffusion de contenus délétères. L’agence préconise également une véritable éducation aux médias numériques pour les enfants et adolescents, ainsi qu’une formation des parents et du personnel éducatif, complétée par des campagnes de santé publique et un soutien à la recherche, notamment sur l’impact de l’intelligence artificielle.






