
L’Iran est le théâtre de manifestations massives depuis deux semaines, ébranlant le régime des mollahs. Si la République islamique a tenté de les minimiser comme de simples contestations liées à la vie chère, l’analyse du chercheur Clément Therme révèle une crise politique bien plus profonde.
Les troubles ont débuté le 28 décembre avec les vendeurs de matériel électronique du bazar de Téhéran, affectés par la chute du taux de change. Cependant, l’ampleur du mouvement dépasse largement ces revendications initiales. Clément Therme, spécialiste reconnu du monde iranien et chargé de cours à l’université Paul Valéry de Montpellier, souligne que ces problématiques économiques ne sont qu’un symptôme d’un malaise plus ancré.
La dépréciation dramatique du rial, la monnaie nationale, ayant perdu plus de 70 % de sa valeur en quelques années, et une inflation galopante ont considérablement réduit le pouvoir d’achat des Iraniens, dont près de 40 % vivent sous le seuil de pauvreté. Cette situation est exacerbée par la corruption endémique et une mauvaise gestion gouvernementale, où une élite proche du clergé capte la rente pétrolière.
Contrairement aux idées reçues, la simple élimination du guide suprême Ali Khamenei ne garantirait pas un effondrement immédiat du régime. Selon les experts, cela pourrait même paradoxalement conduire à une militarisation accrue du régime, car le pouvoir iranien, bien que vacillant, dispose d’une capacité de régénération et d’une structure complexe. La contestation actuelle se distingue des précédentes par sa dimension nationale et politique, ciblant directement les fondements du système islamique.
Les manifestants, inspirés par des événements internationaux comme la chute de Maduro au Venezuela, scandent des slogans contre Khamenei, traduisant un désir profond de changement. Le régime tente d’apaiser la colère par des mesures économiques, comme une aide mensuelle, tout en maintenant une répression sévère face à un mouvement qui remet en question son existence même.






