
Les quartiers kurdes d’Alep ont été le théâtre de violents bombardements par l’armée syrienne ce jeudi 8 janvier, ravivant les tensions et compromettant sérieusement les perspectives d’une entente entre le pouvoir de Damas et la minorité kurde. Ces affrontements majeurs ont contraint des milliers de Kurdes à fuir leurs foyers, soulevant des inquiétudes quant à une possible escalade régionale. Les commerces, universités et écoles sont restés fermés dans cette deuxième ville de Syrie, et un couvre-feu a été instauré dans six quartiers, tandis que l’aéroport prolongeait sa fermeture.
Ces violences, qui ont déjà fait au moins 21 morts, représentent la crise la plus grave entre le gouvernement central et les Kurdes dans cette ville. Elles surviennent alors que les négociations pour l’intégration des institutions kurdes, notamment les puissantes Forces Démocratiques Syriennes (FDS), au sein de l’État syrien sont déjà fragiles. Mazloum Abdi, chef des FDS, a dénoncé ces assauts en pleine phase de négociation, les qualifiant de « sapant les chances de parvenir à une entente ».
Selon l’agence officielle SANA, l’armée a mené des « violents bombardements » sur les positions des FDS dans les quartiers d’Achrafieh et de Cheikh-Maqsoud. Des combats acharnés, accompagnés de tirs d’artillerie, ont été rapportés par des correspondants sur place. Des « couloirs humanitaires » ont été mis en place, permettant à environ 16 000 civils de fuir jeudi, après une première vague la veille.
Aron Lund, analyste au centre Century International, souligne la vulnérabilité des FDS à Alep, leurs quartiers étant encerclés par les territoires contrôlés par le gouvernement. Il met en garde contre une potentielle dégénérescence du conflit en l’absence d’un accord. Un « conflit total Damas-FDS dans le nord de la Syrie, avec une implication potentielle de la Turquie et d’Israël, pourrait être dévastateur pour la stabilité » régionale, prévient-il, bien qu’il estime que les acteurs internationaux, notamment les États-Unis, pousseront à un cessez-le-feu.
Les États-Unis ont exprimé une « vive inquiétude », appelant à cesser les hostilités et à « placer la protection des vies et des biens des civils au-dessus de toute autre considération ». Cette crise a également mis en lumière la rivalité entre Israël et la Turquie en Syrie. Ankara, allié des autorités syriennes, s’est dit prêt à soutenir l’armée dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes, tandis qu’Israël a condamné les attaques syriennes contre les Kurdes d’Alep et le silence de la communauté internationale. Des manifestations de soutien aux Kurdes ont eu lieu à Kamechliyé et Diyarbakir. L’Union européenne, avant une visite prévue de sa présidente à Damas, a appelé les belligérants à la « retenue » et à la « protection des civils ».








