
Des milliers de mineures placées au sein de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont victimes de prostitution, un phénomène alarmant en recrudescence. Le lien entre les abus sexuels subis dans l’enfance et la vulnérabilité à la prostitution est de plus en plus mis en lumière, révélant une triste réalité pour ces adolescentes censées être protégées par l’État.
De nombreuses adolescentes confiées à l’ASE ont un passé marqué par des traumatismes profonds, souvent liés à des violences intrafamiliales ou des abus sexuels. Cette fragilité en fait des cibles privilégiées pour les réseaux de proxénétisme. Lucile Rozanes Mercier, de la Fondation de Rothschild, a observé dès le début des années 2010 l’arrivée de jeunes filles affichant des signes de prostitution, certaines allant même jusqu’à recruter d’autres résidentes des foyers.
Actuellement, on estime qu’entre 10 000 et 15 000 mineures placées sur les 220 000 enfants pris en charge par l’ASE seraient impliquées dans des réseaux de prostitution. Certains avocats, comme Michel Amas, dénoncent une « inaction totale » des départements et accusent l’ASE de « fabriquer » de la prostitution, affirmant que l’enfant ne se prostitue « QUE parce qu’il a été placé ». L’ASE, de son côté, explique accueillir des jeunes filles déjà « abîmées » et parfois déjà sous l’emprise de ces réseaux.
Les professionnels du droit, à l’instar de Catherine Mathieu, présidente du tribunal de Créteil, soulignent que la prostitution touche des jeunes femmes ayant souvent subi des agressions dans leur enfance, fréquemment au sein de leur propre famille. Ces récits poignants, comme celui d’Ilona, prostituée dès l’âge de 12 ans alors qu’elle était placée en foyer, mettent en lumière l’urgence d’une mobilisation nationale pour protéger ces jeunes filles vulnérables.