
Plusieurs parlementaires de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont vivement critiqué, vendredi 27 mars, l’abstention de la France lors d’un vote crucial aux Nations unies. La résolution en question reconnaissait l’esclavage et la traite transatlantique comme le « plus grave crime contre l’humanité ». Cette position française a été perçue comme « un signal profondément incompréhensible » et en contradiction avec « son histoire législative » par des élus comme Béatrice Bellay, députée (Parti socialiste) de Martinique. Elle a rappelé que la France fut pourtant « le premier » pays à initier une telle reconnaissance avec la loi Taubira du 21 mai 2001.
Le texte, adopté le mercredi précédent par 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les États membres de l’Union européenne), n’est pas juridiquement contraignant. Cependant, il est considéré comme un « acte politique et mémoriel majeur » par le député guadeloupéen Christian Baptiste, estimant qu’il ouvre la voie à un dialogue international sur les conséquences durables de l’esclavage. Pour Marcellin Nadeau (LFI), député martiniquais, cette abstention « affaiblit la crédibilité » de la France auprès des peuples d’Outre-mer.
Dans une lettre ouverte adressée au Président Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Outre-mer et sénateur guadeloupéen Victorin Lurel a qualifié cette abstention de « faute morale, historique, diplomatique et politique », susceptible de « ternir l’image » de la France. Le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale de Guyane a également dénoncé cette décision, soulignant que l’esclavage n’est pas seulement un crime du passé, mais que ses conséquences structurent encore les inégalités actuelles.
La résolution, présentée par le Ghana et soutenue par l’Union africaine, condamne « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme les « plus graves crimes contre l’humanité ». Les opposants au texte, comme la représentation française à l’ONU, ont justifié leur abstention par la crainte d’une « hiérarchisation des atrocités historiques », craignant de mettre en concurrence des tragédies incomparables.






