
L’occupation russe de la centrale nucléaire de Zaporijia depuis mars 2022 est un événement inédit, marquant la première occupation militaire d’une installation nucléaire en fonctionnement. L’ONG ukrainienne Truth Hounds a publié un rapport alarmant, révélant la militarisation du site et un système de coercition brutal envers les civils et les employés de la centrale. Ce rapport met en lumière l’implication croissante de l’entreprise publique russe Rosatom dans l’administration et la répression.
Les forces russes ont rapidement ciblé la ville d’Enerhodar et la centrale nucléaire dès le début de l’invasion. Après une période chaotique, un système structuré de contrôle s’est mis en place fin mars, début avril 2022, combinant mesures administratives, coercition et propagande. Cette transformation s’est accompagnée d’une répression féroce. Des survivants décrivent des interrogatoires, des intimidations et des détentions. Truth Hounds documente au moins 226 cas de détention illégale de civils à Enerhodar, incluant des employés de la centrale.
Le rapport détaille des méthodes de torture barbares : prisonniers battus à plusieurs reprises, menottés, la tête couverte de sacs, ou électrocutés avec des téléphones de campagne militaire. Ces séances, surnommées « appels à Poutine », visaient à obtenir des informations ou à contraindre les spécialistes à coopérer. Kenza Rharmaoui, chercheuse principale à Truth Hounds, souligne l’aspect sans précédent de cette situation : « C’est la première fois qu’une centrale à caractère civil est militarisée et qu’un pays s’approprie la centrale nucléaire d’un autre pays. »
Deux objectifs principaux sont visés : consolider le contrôle sur la centrale et affaiblir toute résistance locale. Rosatom, entreprise d’État russe, aurait vu son rôle évoluer de simple opérateur technique à acteur systémique des processus politiques de la région. Cette situation pose de graves questions de responsabilité juridique, le droit pénal international prévoyant la responsabilité pour aide ou encouragement à la commission de crimes. Au-delà des violations des droits humains, l’occupation compromet la sécurité nucléaire. La pression sur le personnel érode la culture de sûreté de la centrale, essentielle pour prévenir un incident radiologique.
L’influence mondiale de Rosatom dans le nucléaire civil complique les réactions politiques, rendant difficile de la « contourner complètement », selon Kenza Rharmaoui. Cependant, la documentation de ces faits vise à éclairer les décisions futures. Les familles des détenus d’Enerhodar appellent désormais les États à intervenir pour leur libération, rappelant la crise humaine derrière les enjeux stratégiques et énergétiques.






